La saisie pénale est devenue un outil central de la politique pénale française, en particulier en droit pénal des affaires depuis maintenant quelques années. Elle peut intervenir très tôt dans une procédure, parfois dès les premières heures d’une enquête, et produire des effets immédiats : blocage d’un compte bancaire, immobilisation d’un véhicule, indisponibilité d’un immeuble ou d’actifs professionnels.
Pour un dirigeant, un actionnaire, un associé ou même un tiers, la saisie pénale est souvent vécue comme brutale et difficile à comprendre. Pourtant, il s’agit d’une mesure strictement encadrée, qui peut être contestée et, dans certains cas, levée.
Cet article a pour objectif d’expliquer clairement ce qu’est une saisie pénale, quels biens peuvent être concernés, qui peut la décider, quels sont ses effets concrets et surtout quels recours existent.
Qu’est-ce qu’une saisie pénale ?
Quelle est la définition juridique de la saisie pénale ?
La saisie pénale est une mesure par laquelle un bien est appréhendé, matériellement ou juridiquement, dans le cadre d’une procédure pénale. Elle peut porter sur des biens très variés : argent, comptes bancaires, véhicules, immeubles, parts sociales, créances, objets ou documents.
La saisie intervient au stade de l’enquête ou de l’instruction et a pour effet de placer le bien « sous main de justice ». Le propriétaire ou le détenteur ne peut alors plus en disposer librement en principe.
À quoi sert une saisie pénale ?
La saisie pénale poursuit une double finalité :
- Une finalité probatoire, lorsqu’il s’agit de conserver des éléments utiles à la manifestation de la vérité (documents, ordinateurs, supports informatiques, objets liés à l’infraction) ;
- Une finalité patrimoniale, lorsque la saisie vise à garantir l’exécution future d’une peine de confiscation en cas de condamnation.
En pratique, c’est surtout cette seconde finalité qui explique l’extension considérable des saisies pénales en matière économique et financière.
La saisie pénale est-elle une sanction ?
Non. La saisie pénale n’est pas une peine. Il s’agit d’une mesure provisoire, prise avant toute décision définitive de culpabilité. Elle ne transfère pas la propriété du bien à l’État et doit respecter les principes fondamentaux du droit pénal, notamment la présomption d’innocence et le droit de propriété.
Quels biens peuvent faire l’objet d’une saisie pénale ?
Quels types de biens sont concernés par les saisies pénales ?
Le champ des biens susceptibles d’être saisis est extrêmement large. Peuvent notamment être concernés :
- des biens mobiliers ou immobiliers ;
- des biens corporels (voiture, bijoux, marchandises) ou incorporels (solde d’un compte bancaire, créances, parts sociales, contrats) ;
- des biens divis ou indivis.
Cette extension permet aux autorités de geler efficacement des patrimoines complexes, parfois structurés à travers des sociétés, des comptes multiples ou des montages juridiques.
Les biens situés à l’étranger peuvent-ils être saisis ?
Oui. La coopération judiciaire internationale permet l’exécution de saisies sur des biens localisés hors de France.
Exemples :
- comptes bancaires dans un autre État membre,
- biens immobiliers situés dans un pays coopérant,
- parts détenues dans une société étrangère.
La saisie repose alors sur des mécanismes de reconnaissance mutuelle ou de commissions rogatoires internationales. De même des biens situés en France peuvent faire l’objet de saisie en France à la demande d’autorités étrangères.
Peut-on saisir de l’argent ou des comptes bancaires ?
Oui. Les sommes figurant sur un compte bancaire peuvent faire l’objet d’une saisie pénale. La conséquence est immédiate : les fonds deviennent indisponibles, parfois sans que la personne concernée en soit informée instantanément.
Ces saisies sont fréquentes en matière d’escroquerie, d’abus de biens sociaux, de blanchiment ou de fraude fiscale, et peuvent avoir un impact très lourd sur la trésorerie d’une entreprise ou la situation personnelle d’un dirigeant.
Un bien appartenant à un tiers peut-il être saisi ?
Oui. Un bien peut être saisi même s’il appartient juridiquement à un tiers, dès lors que la justice estime que la personne mise en cause en a la libre disposition ou que le bien est lié à l’infraction.
Cela concerne par exemple des biens détenus par un conjoint, une société, un associé ou un héritier. Les droits du tiers de bonne foi sont toutefois protégés et peuvent justifier une contestation de la saisie.
Quelles sont les différentes formes de saisies pénales ?
Qu’est-ce qu’une saisie pénale de droit commun ?
Les saisies de droit commun sont principalement destinées à la recherche de la preuve. Elles peuvent porter sur des objets, documents ou données informatiques liés à l’infraction.
Ces saisies sont souvent réalisées lors de perquisitions, mais peuvent également intervenir indépendamment de toute perquisition.
Qu’appelle-t-on les saisies pénales spéciales ?
Les saisies pénales dites « spéciales » ont une finalité patrimoniale. Elles sont prévues par des dispositions spécifiques du Code de procédure pénale et bénéficient d’un encadrement judiciaire renforcé.
Elles permettent de saisir tout ou partie du patrimoine d’une personne afin de garantir une peine de confiscation future.
Quelles sont les principales saisies pénales spéciales ?
On distingue notamment :
- la saisie pénale immobilière ;
- la saisie de comptes bancaires et de créances ;
- la saisie de patrimoine ;
- la saisie sans dépossession, dans laquelle le bien reste matériellement entre les mains de son propriétaire mais devient juridiquement indisponible.
Qui peut décider une saisie pénale et à quel stade de la procédure ?
Qui ordonne une saisie pénale pendant l’enquête ?
Pendant l’enquête, la saisie est généralement décidée par le procureur de la République et mise en œuvre par les officiers de police judiciaire. Pour certaines saisies sensibles, notamment patrimoniales, l’intervention du juge des libertés et de la détention est requise.
Qui est compétent en cas d’information judiciaire ?
Lorsque l’affaire est confiée à un juge d’instruction, celui-ci peut ordonner directement la saisie. Les décisions sont alors susceptibles de recours devant la chambre de l’instruction.
Quels sont les effets concrets d’une saisie pénale ?
Quels sont les effets juridiques immédiats de la saisie ?
La saisie pénale rend le bien juridiquement indisponible. Il devient impossible de le vendre, le donner, le nantir ou l’hypothéquer. Tout acte accompli en violation de cette indisponibilité est susceptible d’être annulé.
La saisie pénale suspend également, dans de nombreux cas, les procédures civiles d’exécution engagées par des créanciers.
La saisie pénale bloque-t-elle toute activité économique ?
Elle peut, en pratique, paralyser une activité, notamment lorsqu’elle porte sur des comptes bancaires professionnels ou sur des actifs essentiels à l’exploitation. Certaines saisies sans dépossession permettent toutefois un usage limité du bien, sous conditions strictes.
Qui gère les biens saisis ? le rôle de l’AGRASC
L’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (AGRASC), établissement public administratif, joue un rôle central car elle gère les biens saisis ou confisqués.
Comment contester une saisie pénale ?
Qui peut contester une saisie pénale ?
Peuvent contester une saisie pénale :
- la personne mise en cause ;
- le propriétaire du bien ;
- un tiers de bonne foi affecté par la mesure.
Quels sont les délais pour contester une saisie pénale ?
Les délais de recours sont courts, souvent de l’ordre de dix jours à compter de la notification de la décision. Une réaction rapide est donc essentielle.
Quels arguments peuvent être invoqués pour contester une saisie pénale ?
La contestation peut notamment reposer sur :
- l’absence d’indices suffisants d’infraction ;
- le caractère non confiscable du bien ;
- une atteinte disproportionnée au droit de propriété ;
- un défaut de motivation ou une irrégularité procédurale.
Peut-on demander la restitution d’un bien saisi ?
Dans quels cas une restitution est-elle possible ?
La restitution peut être sollicitée lorsque le bien n’est plus nécessaire à l’enquête, lorsqu’il ne peut pas être confisqué ou lorsque les droits d’un tiers de bonne foi doivent être préservés.
Quelle est la procédure pour obtenir la restitution ?
La demande peut être adressée au procureur de la République pendant l’enquête ou au juge d’instruction en cas d’information judiciaire. En cas de refus, un recours est possible.
Quelle est la différence entre saisie pénale et confiscation ?
Pourquoi la saisie pénale est-elle une mesure provisoire ?
La saisie pénale ne préjuge pas de l’issue du procès. Elle vise uniquement à préserver les biens dans l’attente d’une décision définitive et n’entraine pas un transfert de la propriété du bien au profit de l’état.
Qu’est-ce que la confiscation pénale ?
La confiscation est une peine, prononcée par la juridiction de jugement. Elle entraîne le transfert définitif de propriété du bien au profit de l’État.
Une saisie pénale peut-elle exister sans confiscation ?
Oui. En cas de relaxe, de non-lieu ou d’absence de confiscation prononcée, le bien doit en principe être restitué.
À retenir sur la saisie pénale et les saisies pénales
- La saisie pénale est une mesure provisoire mais aux effets patrimoniaux lourds.
- Elle peut concerner des biens très variés, y compris ceux de tiers.
- Des recours existent, mais ils sont strictement encadrés dans le temps.
- L’assistance d’un avocat est déterminante.
Que faire concrètement en cas de saisie pénale ?
Face à une saisie pénale, il est essentiel d’agir rapidement car les délais de contestation sont généralement très courts. Je vous recommande de contacter un avocat dès que vous avez connaissance d’une saisie pénale, y compris si vous n’avez pas encore reçu la notification.
En tant qu’avocat pénal des affaires à Paris, j’accompagne régulièrement des dirigeants, des entreprises et des tiers confrontés à des saisies pénales, avec une approche à la fois juridique, stratégique et pragmatique, tenant compte des enjeux financiers et réputationnels.


